Orthodontie: est-ce pour votre enfant?
A 5000 $ le traitement, mieux vaut s’informer avant de refaire le sourire du petit dernier

PAR CATHERINE DUBÉ


Le dentiste examine la bouche de Caroline, 12 ans. Une dent de lait refuse de tomber et la canine d’adulte fait son chemin dans la gencive. «Pourriez-vous arracher sa dent de lait?» demande Réjeanne Mathieu, d’East Angus, en pointant la bouche de sa fille. Il y a 20 ans, on n’aurait pas hésité. Mais là, le refus est catégorique : aujourd’hui, les dentistes savent que les gencives et la bouche en général se portent mieux quand on con-serve toutes ses dents.

«Un orthodontis-te doit évaluer le cas de Caroline avant que je procède à l’extraction», conclut le dentiste.

L’idée n’enchante guère Réjeanne Mathieu. Le spécialiste qu’elle a consulté l’année précéden-te pour Sylvie, sa fille de 19 ans, lui a annoncé qu’elle devait subir une intervention chirurgicale et porter des appareils dentaires pendant deux ans. Montant de la facture: 5000 $, dont un premier versement de 1000 $. La mère et la fille ont abandonné l’idée.

Comprenant qu’aucun dentiste n’acceptera d’extraire la dent de Caroline, Réjeanne Mathieu l’emmène chez un orthodontiste de Sherbrooke, le Dr Denis Bernard. La solution proposée : d’abord des broches pour faire de l’espace, extraction de la dent de lait, puis des broches sur toutes les dents pour 18 mois. Ensuite, Caroline devra porter un appareil qui maintiendra ses dents dans leur nouvelle po-sition pendant 2 ans. Le coût: 5000 $. Heureusement, le Dr Bernard accepte de plus petits versements.

Comme Réjeanne Mathieu, de nombreux parents hésitent avant de se lancer dans un traitement orthodontique. Les mêmes questions les préoccupent : est-ce vraiment nécessaire? Quel traitement est le plus efficace? Quel est le meilleur moment pour intervenir ?


De moins belles dents?

Les malocclusions
Les malocclusions peuvent prendre de multiples formes. Il arrive parfois, par exemple, que certains enfants soient gênés par un espace entre les incisives du haut et du bas, même quand leurs molaires supérieures et inférieures se touchent (occlusion ouverte). Pour d’autres, les mâchoires inférieure et supérieure ne sont pas de la même largeur (occlusion croisée). Mais toutes les malocclusions se rangent généralement dans trois grandes catégories:


Classe I Les mâchoires sont alignées, mais les dents sont de travers, tournées ou trop serrées.


Classe II La mâchoire du haut est trop avancée et celle du bas, petite et effacée.


Classe III La mâchoire inférieure est proéminente.

Selon l’Association américaine des orthodontistes, le nombre de Nord-Américains recevant des traitements d’orthodontie a presque doublé de 1984 à 1996, passant de 2,5 millions de personnes à 4,4 millions. Au Canada, environ 300 000 en-fants sont actuellement suivis par un orthodontiste. Au Québec, les ortho-dontistes sont passés de 76 à 129 en-tre 1981 et 2001.

Nos dents sont-elles moins bon-nes qu’auparavant? C’est plutôt no-tre sens de l’esthétique qui a évolué. Nous accordons à celle-ci de plus en plus d’importance. Un phénomène auquel les assurances dentaires, qui remboursent généralement 50 pour 100 du traitement, ont largement contribué. Résultat: les soins sont de plus en plus abordables…


A corriger
Dans une bouche normale, les dents sont droites. Quand les mâchoires sont fermées, celles du haut chevauchent légèrement celles du bas, et les molaires se touchent. L’orthodontie corrige les malocclusions, c’est-à-dire le mauvais alignement des dents.

Une malocclusion est soit héré-ditaire, soit le résultat de mauvaises habitudes – sucer son pouce, pousser sur ses dents avec sa langue, etc. Elle peut aussi apparaître à la suite d’un accident ou de la perte prématurée d’une dent. Une malocclusion passe parfois inaperçue aux yeux des parents.

«Si les incisives et les canines sont droites, l’enfant aura un beau sourire et ses parents ne penseront pas à consulter un orthodontiste. Mais cela n’empêche pas l’enfant d’avoir une malocclusion qui rend sa mastication moins efficace», souligne le Dr Alain Chaumont, orthodontiste à Laval.


La santé d’abord
Un certain nombre de parents conduisent leur enfant chez l’orthodontiste pour une question de santé plutôt que pour leur offrir un sourire étincelant. Aline Michaud-Levesque, une infirmière de La Prairie, l’a fait quand elle a vu que son fils Simon aurait la même dentition que son père, dont les molaires sont très usées en raison d’une mauvaise occlusion. Avec l’âge, des problèmes de mastication, de gencives, et même digestifs risquent d’apparaître.

L’aînée, Nataly, n’a pas voulu se soumettre au traitement au début de l’adolescence, malgré des douleurs persistantes à la mâchoire. Maintenant âgée de 21 ans, elle a décidé d’avoir recours à l’orthodontie pour des raisons esthétiques. Le cas de leur sœur Josée est différent: quand elle fermait la bouche trop fort, ses incisives inférieures blessaient son palais.

La répétition de coups donnés par des dents qui tombent au mauvais endroit peut finir par causer de sérieux ennuis au tournant de la quarantaine. «Les incisives inférieures d’un de mes patients de 45 ans sont complètement déchaussées», observe le Dr Danielle Boivin, orthodontiste exerçant à Brossard.

Chez certaines personnes, l’occlusion est mauvaise au point qu’elle empêche une bonne mastication et entraîne par le fait même des problèmes de digestion.


La part de la nature
Un espace entre les incisives caractérise souvent le sourire des tout-petits. «Il se referme souvent tout seul vers l’âge de 11 ou 12 ans, quand les canines font éruption et qu’elles exercent une pression sur les incisives latérales», explique le Dr Sylvain Chamberland, orthodontiste de Québec. Les chances qu’il disparaisse ensuite sont cependant bien minces. On peut le remplir avec un matériau composite ou placer des broches – si notre apparence compte vraiment beaucoup!


De meilleures broches
Au cours des deux dernières décennies, les bagues d’acier inoxydable qui entouraient les dents ont laissé place à de petits boîtiers collés sur les dents auxquels l’orthodon-tiste fixe de minces fils en alliage.

«Un alliage thermosensible comme le cui-vre-nickel-titane est sou-ple à température froide, mais reprend sa rigidité une fois dans la bouche», explique le Dr Denis Bernard. L’installation est plus facile qu’avec l’acier inoxydable et les ajustements, moins fréquents. La pression appliquée sur les dents les fait bouger doucement et constamment. Cette correction peut durer de 12 à 36 mois. Par la suite, il suffira de préserver le résultat obtenu.

«Habituellement, l’enfant porte un appareil amovible 24 heures sur 24 pendant les six premiers mois, explique le Dr Danielle Boivin. Puis on réduit progressivement le nom-bre d’heures. On installe aussi un fil de maintien derrière les dents inférieures pour plusieurs années.»


Traiter tôt ou tard?

Les broches ont longtemps été l’apanage des adolescents. Mais de nombreux enfants portent maintenant des appareils orthodontiques eux aussi. Les trois filles de Manon Deblois, de Varennes, ont porté des appareils plusieurs mois vers l’âge de 9 ans. Justine, l’aînée, a 13 ans et termine une deuxième session de traitements.

Les interventions sur l’ossature, qui consistent à élargir un palais étroit ou à modifier le développement d’une mâchoire, sont beaucoup plus faciles avant l’adolescence, observent les orthodontistes, l’enfant étant alors en pleine période de croissance.

«On peut ainsi éviter d’avoir à subir plus tard des traitements plus complexes», note le Dr Michel Di Battista, un orthodontiste de Saint-Bruno. Pour parfaire le résultat, des broches sont quand même souvent nécessaires sur les dents d’adulte. «Il est encore possible d’élargir le palais vers 14 ans, mais ce n’est plus aussi facile», précise le Dr Sylvain Chamberland.

Le bien-fondé de ces traitements en deux phases est controversé. Un professeur de l’université de la Caroline du Nord, le Dr Camilla Tulloch, a suivi 166 enfants pendant 10 ans dans le cadre d’une étude financée par l’Institut américain de la santé. Certains avaient reçu un traitement en deux phases, d’autres un seul à l’adolescence. «Nous n’avons pas vraiment noté de différence de résultats entre les deux groupes, dit-elle. En fait, si le traitement commence tôt, on traite seulement l’enfant plus longtemps.» Elle admet cependant qu’une malocclusion de type III est mieux traitée en bas âge.

Le Dr Randy Lang, un ortho-dontiste de Toronto, partage son avis. Les malocclusions les plus traitées, soit celles des dents proéminentes ou trop serrées de la mâchoire supérieure, peuvent très bien être corrigées en une seule session, à l’adolescence:

«Pour un résultat similaire, c’est plus rapide et moins cher.»


Ça fait mal?
Au Canada, un traitement orthodontique, comprenant les broches, les visites périodiques et les ajustements, coûte en moyenne 5000$. Le prix de la première consultation se situe en général entre 30$ et 50$ et comprend une radiographie panoramique. Si vous acceptez le traitement, l’orthodontiste constituera un dossier (photographies, empreintes des dents et mesures) pour des frais supplémentaires de 175$ à 400$, qui seront ensuite déduits du montant total. Après le paiement initial, on peut habituellement échelonner les versements.

Voilà pour les douleurs du portefeuille. Pour les autres, les orthodontistes avertissent leurs patients d’un possible inconfort les jours suivant le traitement et recommandent la prise d’analgésiques si nécessaire. Car pour certains, la douleur est réelle. «Après une visite, ça fait vraiment mal!» lance Kristel Vultaggio, 16 ans. «L’appareil utilisé pour élargir le palais de Jean-Christophe lui causait des tiraillements et de la douleur jusque dans le nez», dit sa mère, Julie Borduas.

La coopération de l’enfant est essentielle à la réussite d’un traitement. Pour éviter les caries ou une décalcification des dents, l’enfant doit les brosser avec application et continuer à voir son dentiste régulièrement. Le Dr Alain Chaumont est catégorique:

«J’ai déjà interrompu ou retardé des traitements parce que l’enfant manquait de bonne volonté.»


Prêt à passer à l’action?

Voici quelques conseils pour met-tre toutes les chances de votre côté.

Choisissez un spécialiste reconnu. Les dentistes ont le droit de pratiquer l’orthodontie, mais ne sont pas des spécialistes. Les orthodontistes suivent une formation de deux à trois ans après leurs études en
dentisterie. L’Ordre des dentistes du Québec peut vous diriger vers les orthodontistes de votre région.

Préparez-vous à voir le visage de votre enfant changer. Un traitement orthodontique ne redresse pas seulement les dents. Il peut modifier les mâchoires, les lèvres et le profil, surtout si l’intervention vise à replacer les mâchoires.

Evaluez toutes les options dis-ponibles. Certaines malocclusions peuvent être corrigées de plusieurs façons. Demandez à votre orthodontiste de vous les expliquer et choisissez celle convenant le mieux
à votre enfant.

Informez-vous sur la phase de rétention. Les orthodontistes recommandent habituellement le port d’un appareil amovible durant plusieurs années après le traitement pour éviter que les dents ne reprennent leur mauvaise position.

Faites vos choix en toute liberté. Demandez à l’orthodontiste si le traitement doit débuter immédiatement et attendez si vous n’êtes pas prêt. Sinon, assurez-vous de savoir tout ce qui vous attend!

Trouvez-vous excessifs les tarifs pratiqués par les orthodontistes?

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ILLUSTRATION: (haut) © YAYO; (bas) © TREVOR JOHNSTON

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