«C’est une manière de se justifier, de se donner la permission d’agir, précise Katia Lavallée, psychologue et directrice du CETAS. On leur explique que nous faisons tous ce genre de distorsions avec nos propres vices, par exemple lorsque nous voulons perdre du poids ou cesser de fumer. Mais on leur fait aussi comprendre que leur comportement fait plus de victimes qu’une entorse à un régime.»
Katia Lavallée assiste à chaque réunion du groupe avec sa collègue Anne-Marie Drolet, une criminologue. Les participants semblent à l’aise avec ces deux femmes qui les laissent s’exprimer librement. Aucun mot n’est tabou – même le plus cru – et chaque intervention est accueillie de façon respectueuse. Pas question de traiter les pédophiles comme des monstres ni de faire en sorte qu’ils se sentent comme tels.
«Notre objectif est de reconnaître les efforts qu’ils font et de les inviter à poursuivre dans cette voie, dit Anne-Marie Drolet. Une faible estime de soi peut contribuer à augmenter les risques de récidive.»
Après la révélation de Richard, Katia souligne qu’il s’agit là d’une étape importante, puis elle revient sur le sentiment de culpabilité qui a assailli le pédophile nuit et jour, la semaine précédente. «Se culpabiliser ne permet pas d’avancer dans le traitement, dit-elle au groupe, d’une voix douce mais ferme. Le but de nos interventions, c’est de vous permettre de vous responsabiliser.»
Se responsabiliser, cela signifie notamment savoir reconnaître les situations à risques, celles qui peuvent conduire à une rechute. C’était d’ailleurs le «devoir» de la semaine.
Tignasse bouclée, yeux bruns pétillants, Michel*, 68 ans, a repéré quatre situations à risques. Il doit éviter de proposer des «lifts» en voiture à des fillettes, d’ouvrir sa porte si des écolières se présentent chez lui pour vendre du chocolat, d’aller au cinéma seul et de marcher dans la rue à l’heure de la sortie des classes.
Richard, lui, confie qu’il fuit carrément les enfants – redoutant de voir ses idées ressurgir. «J’ai peur d’eux, dit-il. L’autre jour, je suis d’ailleurs parti très vite quand ma femme s’est arrêtée pour discuter avec une mère de famille accompagnée de sa petite fille.»
Michel n’est pas dans le même état d’esprit. S’il sait reconnaître les situations qui le mettent à risques, il ne semble pas encore prêt à les éviter totalement. Il ne voit pas de problème, par exemple, à offrir ses services à la maison des jeunes de son quartier.
Ce «papy cool», comme il aime à se présenter, raconte sans fausse honte le plaisir qu’il a ressenti en regardant les fesses nues de sa petite-fille, alors âgée de 13 ans. Un soir qu’il la gardait, il lui a proposé de dormir dans sa chambre. Une autre fois, c’est une amie de sa petite-fille que Michel a invitée dans son lit – les deux adolescentes s’étaient disputées et refusaient de dormir dans la même pièce. «En la regardant, je me suis dit: Maudit que j’aimerais ça!»
Dénoncé à la DPJ, Michel n’a plus le droit d’entrer en contact avec sa petite-fille ni avec l’amie de celle-ci. Venir au CETAS lui fait du bien, assure-t-il, surtout parce qu’il ne s’y sent pas jugé. Mais, dans son regard, le désir est toujours là. «Ces pensées ne me lâchent pas», admet-il.
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