Les arnaqueurs du télémarketing utilisent différents stratagèmes, qui ont tous ceci en commun: la victime doit remplir un coupon ou répondre à un questionnaire. Les escrocs disposent ainsi d’un document avec le nom, l’âge et une foule de données sur des milliers de cibles potentielles. Ces coupons, appelés leads, sont soit exploités par le groupe qui les a collectés, soit revendus sur le marché noir, parfois jusqu’à cinq dollars pièce.
Une fois le lead en main, un premier complice contacte la victime et lui annonce qu’elle a remporté un prix. Un second l’appelle ensuite plusieurs fois par semaine pour la mettre en confiance. C’est la clé du succès pour ces criminels qui misent sur l’isolement et la crédulité de leurs victimes.
«Et quoi de mieux qu’une voix amicale et des propos rassurants?» ironise Yves Leblanc. On s’assure ainsi que tout va bien, et on fournit même à la victime des arguments à faire valoir auprès du banquier qui s’étonne de voir un petit épargnant retirer de gros ses sommes à répétition.
L’escroc doit aussi convaincre la victime de garder le secret sur le prétendu concours. Il ne faut surtout pas en parler à la famille ni aux amis… C’est un rôle souvent dévolu au plus beau parleur de la bande, à celui qui a le plus d’entregent.
David Johnson y excelle. Dans cette conversation interceptée par l’équipe du COLT quelques jours plus tôt, on peut l’entendre se présenter sous un faux nom, en jouant de sa voix chaude et amicale.
«Bonjour! Evan Walsh à l’appareil.
— Ah! Monsieur Walsh! C’est un plaisir de vous parler, répond une vieille dame.
— Avant que nous poursuivions, pouvez-vous me donner votre numéro de dossier?»
Chaque conversation commence par l’échange d’un code numérique servant à identifier l’arnaque, le montant et la date du premier contact. Le nom de la victime risquant fort d’être revendu à d’autres fraudeurs, ce procédé évite qu’ils soient deux à frapper à la même porte, en même temps. La dame débite son numéro sans l’ombre d’une hésitation, convaincue qu’il y a un million de dollars à la clé.
Johnson et sa victime bavardent de choses et d’autres: la santé, la météo, les petits-enfants. Puis l’escroc convient d’un rendez-vous téléphonique pour le lendemain – histoire de resserrer le lien… et de s’assurer que la victime n’a pas appelé la police.
«Pas de problème, lance joyeusement la vieille dame. Je serai ici toute la matinée.»
La victime est parfois tellement bien embobinée qu’elle refuse de croire les policiers quand ils lui annoncent qu’elle s’est fait avoir.
«Quand on lui renvoie une somme qu’on a interceptée, raconte Roberto Capone, sergent-enquêteur de la SQ affecté au COLT, il arrive que la personne rappelle le fraudeur pour lui renvoyer l’argent!»
Coincé dans le petit appartement de la rue Belmont, le sergent Leblanc s’impatiente. Cela fait quelques minutes qu’il essaie de joindre le policier parti en filature, mais personne ne décroche. L’attente est insupportable.
«Réponds, mais réponds!» finit-il par crier dans l’émetteur.
Le nerf de la guerre contre le télémarketing frauduleux, c’est la détection des cellulaires. Depuis les années 1990, leur accessibilité a provoqué un véritable boum de la fraude par téléphone des deux côtés de la frontière canado-américaine.
«Un criminel opère avec trois ou quatre appareils obtenus sous de faux noms, et différents complices interviennent tout au long de la fraude pour dérouter les recherches», explique le sergent Leblanc.
Chacun utilise plusieurs téléphones, selon le type de conversation qu’il doit avoir avec la cible. Idéalement, un appareil sert à communiquer avec les victimes, un autre à entrer en contact avec les complices, et un dernier sert uniquement aux appels personnels.
Il faut retrouver tous ces numéros de téléphone et identifier ceux qui s’en servent. Puis de longues journées de filature et d’écoute électronique permettent de démontrer que tel appareil est la propriété de tel arnaqueur, qui s’en sert pour commettre des fraudes. Après deux mois d’enquête, le COLT a identifié la plupart des 18 membres du réseau et quelques-uns des téléphones. Mais il manque encore des pièces importantes au casse-tête.
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