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Public ou privé? Pas facile d’obtenir un simple bilan de santé a découvert Luc Bouchard,
Par Luc Bouchard
Je voulais tester notre système de santé à deux vitesses. J’ai découvert que j’avais une bombe à retardement dans la poitrine…
«Va falloir vous ouvrir, monsieur Bouchard, déclare le cardiologue sans quitter des yeux ses écrans de contrôle. Vos artères sont bloquées à cinq endroits, dont deux à 80 pour 100.» Je laisse échapper un petit rire nerveux. «M’ouvrir?» J’ai froid. Je tremble comme une feuille sous ma jaquette bleue. J’ai des électrodes collées un peu partout sur le corps. Un cathéter et des tubes dans les bras.
Des images terribles de cisailles me fendant le thorax défilent dans ma tête. D’une voix chevrotante, je supplie le médecin de faire comme si c’était sa femme ou son enfant sur la table d’opération. Il s’éloigne, tient un bref conciliabule avec ses équipiers, puis revient.
«Je vais faire encore mieux, dit-il. Je vais faire comme si c’était moi.»
Et le voilà qui s’affaire au-dessus de mon avant-bras, fixé à la table par une sangle. D’un coup, je ressens une sensation bizarre, un pincement: c’est le tube qui se faufile dans mon artère radiale et se dirige lentement vers mon cœur, chargé de petits ballons qui vont débloquer mes artères.
Dire qu’il y a trois mois je voulais simplement faire mon métier de journaliste en racontant mon histoire: celle d’un quadragénaire plutôt actif, ancien sportif de haut niveau, mais avec un penchant occasionnel pour le sport sur canapé, la bière et les ailes de poulet. Le quadragénaire en question, donc, naviguerait à vue dans notre système de santé «multivitesse» pour obtenir un simple bilan de santé.
L’idée de cette enquête m’est venue après un véritable électrochoc: la mort d’un ami des suites d’un AVC, le lendemain de mon 45e anniversaire, en juin 2008. Il avait à peine quelques années de plus que moi.
Je me suis souvenu que, lors de mon dernier bilan de santé, qui datait déjà de près de deux ans, j’avais appris que mon niveau de triglycérides était dangereusement élevé, que mon taux de glucose laissait craindre la possibilité d’un diabète. Et je ne parle pas de mes antécédents familiaux plutôt inquiétants (diabète, cholestérol, hypertension, cancer). Bref, entre le poids de mon patrimoine génétique et mon style de vie pas toujours très «bio», je me suis soudain senti comme le gars qui fume un cigare, assis sur un baril de poudre.
Cela m’a donné envie de revoir mon médecin de famille. Et comme, chez moi, l’homme n’est jamais très loin du journaliste, je me suis demandé: Qu’est-ce qui se passerait si je n’avais pas de médecin de famille? Après tout, c’est le cas de plus de 1,7 million de Québécois. Combien de temps cela me prendrait-il dans le public? Et dans le privé?
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