Sélection du Reader's Digest - Sélection du Reader's Digest - Magazine Canada En Ligne : Ces jeunes profs qui décrochent
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Ces jeunes profs qui décrochent

 

par Claude Lebrun


Un enseignant sur cinq jette l’éponge au bout de cinq ans. Si rien n’est fait pour stopper l’hémorragie, qui éduquera nos enfants?


 

L’enseignement, ils en mangeaient! Belinda Proulx espérait marcher sur les traces d’Emilie Bordeleau, l’institutrice des Filles de Caleb. Louise Lantin* voulait offrir ce qu’il y avait de mieux aux jeunes issus, comme elle, de milieux défavorisés. Et Samuel Huard, l’ancien chef scout, rêvait de transmettre ses connaissances. Pourtant, tous ont quitté l’enseignement, déçus et brûlés. Comme 20 pour 100 des jeunes professeurs, qui décrochent avant leur sixième année de pratique – deux à trois fois plus que dans les autres professions. Pourquoi?

On connaît le refrain pour l’avoir maintes fois entendu: c’est la faute de la réforme! Une réforme qui veut favoriser la réussite du plus grand nombre, mais qui, selon ses détracteurs, n’a pas les moyens de ses nobles ambitions. Elle s’ajoute à bon nombre d’autres frustrations.

La tare la plus souvent dénoncée de ce système qui heurte de plein fouet la jeune relève professorale: l’inclusion dans les classes régulières d’élèves ayant des troubles importants d’apprentissage et l’absence de ressources spécialisées pour les aider. «Un véritable casse-tête qui en décourage plus d’un», estime Stéphane Martineau, professeur au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

A l’époque où Belinda Proulx enseignait dans la région des Laurentides, on comptait un seul psychologue pour plus de 3000 élèves répartis dans trois écoles sur un territoire de plus de 65 km2. «Je me suis battue pour qu’on engage un orthopédagogue, raconte-t-elle. On me répondait qu’on allait y réfléchir, mais jamais le sujet n’était mis à l’ordre du jour des réunions.»

Pour expliquer la lourdeur des classes postréforme, les mesures de non-redoublement sont souvent montrées du doigt. «Les élèves qui ne redoublent plus au primaire ou qu’on évalue trop généreusement traînent avec eux des retards scolaires considérables, déplore Luc Papineau, professeur et coauteur du Grand mensonge de l’éducation. D’autres sont inscrits au secondaire tout simplement parce qu’ils n’ont plus l’âge d’être au primaire. J’appelle ça le principe du «donner au suivant.» Et il cite le cas d’un élève de 1re secondaire qui ne connaissait même pas son alphabet.

«On nous demande d’enseigner, mais on nous place dans des conditions où c’est impossible», renchérit Samuel Huard qui, chaque année à la rentrée, évaluait qu’au moins le quart de ses élèves n’avaient pas les acquis nécessaires pour réussir. Pis encore: les élèves en difficulté ne reçoivent même plus de cote permettant aux professeurs de les identifier quand ils arrivent dans leur classe.

«C’est comme si on oubliait de dire à un pneumologue que le patient qu’il va opérer souffre de problèmes cardiaques», s’insurge Luc Papineau.

   

 

*Certains noms ont été changés

 

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